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Tout savoir sur le fil à coudre | Caractéristiques du fil à coudre (3/4)

Tout savoir sur le fil à coudre | Caractéristiques du fil à coudre (3/4)

On dit « fil de coton », « fil de laine », fil de nylon », c’est bien qu’à la base il y a du coton, de la laine ou du nylon. Q Quand je regarde la plante de coton ou le mouton avec sa laine (pour le nylon ce n’est pas si simple !) je vois bien la boule que cela peut faire, une fois ôté de son support (plante ou animal), mais… comment fabrique-on un fil à partir de là ?  

 

Ma Dona, directrice générale FRANCE et styliste chez Kroskel

Donatella Pavolini

PDG France et Styliste

Naître à 60 ans

Temps de lecture : 2 minutes

Couture : tout savoir sur les encolures et cols

Temps de lecture : 5 minutes

Partie 3 : Les fils

Comment fait-on le fil ? 

Un fil se fabrique à partir d’une fibre(7) 

Avant d’aller plus loin, une question s’impose à moi :

Comment et pourquoi choisir telle ou telle fibre ? Est-ce que le « bambou » c’est bien, parce qu’il est « bio » ? Est-ce que le coton ce n’est pas bien, parce que c’est produit dans des pays qui ne respectent pas leurs employés ? Est-ce qu’on peut en avoir le cœur net ? 

Je renvoie les personnes intéressées à l’articleFibre naturelle et fibre chimique, fibre « bio » et fibre « pas bio » 

En travaillant sur ce sujet, je me suis quand même forgé un critère personnel. Je vous livre mon constat et ma façon de me positionner. Vous en faites évidemment ce que vous voulez ! 

En étudiant d’un peu plus près la fabrication des fibres non naturelles, mon constat est le suivant : 

Les fibres « chimiques », 70% de la production mondiale de fibres textiles actuellement, ont des coûts écologiques très élevés à la production, et, quelles qu’elles soient, ne se dégradent pas facilement et pas totalement, loin de là. Les ainsi dénommées « larmes de sirène », micro-billes plastiques qui envahissent les plages, viennent par exemple de ça. 

Mes conclusions sont à l’heure actuelle encore plus accablantes et déterminées qu’avant ce travail. Les matières synthétiques et artificielles ne font pas du bien à notre environnement. Certes, pour produire 1 kg de coton, il faut souvent entre 5 000 et 17 000 litres d’eau. Mais les cultivateurs encore réticents peuvent apprendre à moins consommer. De plus, il existe des alternatives valables au coton. Le lin(8) par exemple, dont la production mondiale est à 50% faite en France, n’a pas du tout besoin d’irrigation. Et qui a dit que nous avons besoin de 50 chemises pour être heureuses ? Si nous ciblons nos achats et si nous achetons des produits de qualité, fabriqués avec soin, qui nous plaisent longtemps, nos besoins ne seront pas excessifs pour la planète.  

Revenons à nos moutons – et à nos tiges si on veut aussi(9). 

Processus de fabrication d’un fil

Vous l’avez compris : je vais m’occuper des fibres « naturelles » exclusivement, en espérant avoir passé quelques messages importants sur les autres fibres. La matière a trois dimensions : une épaisseur, une longueur, une largeur. Un chat, un arbre ou une maison ont trois dimensions. Les fibres qui composent les fils aussi. Épaisseur et largeur des fibres utilisées pour filer sont très petites par rapport à la longueur. Pour le coton et la laine, cette longueur est de l’ordre de quelques centimètres, pour le lin, de l’ordre de quelques dizaines de centimètres, pour le chanvre, de un à deux mètres. C’est ce que je vais appeler : « fil élémentaire ». Ce « fil élémentaire » a donc une longueur très limitée, même pour les fibres les plus longues : vous imaginez, tricoter un pull en lin avec des fils de 5O cm maximum ? Ce n’est pas envisageable.

À partir de ce « fil élémentaire » on cherche alors à obtenir un « fil composé » dans lequel cette troisième dimension est devenue très très longue, aussi longue en fait que le sont nos besoins. Si vous jetez un œil sur une pelote de laine, par exemple, vous lirez qu’elle fait 50, 100, 200 mètres, voire plus, ça dépendra aussi de l’épaisseur du fil, car après ça peut devenir compliqué de manipuler des trop grosses pelotes

La technique de base est toujours la même : regrouper en mèches ces « fils élémentaires » tout en les tordant jusqu’à obtenir l’épaisseur voulue pour notre fil. A titre d’exemple, cette pelote de 25 grammes de laine Shetland à deux brins fait 105 mètres de longueur pour une épaisseur d’un petit millimètre à peine. J’ai bien écrit « deux brins » : si on « détord » le fil de cette pelote, on sépare les deux brins. Chaque brin est un « fil composé » – celui dont je veux vous montrer la réalisation : dans un fil à deux brins il y a donc deux « fils composés » qu’on entortille l’un sur l’autre. Cette technique permet d’avoir des cordes bouts bien solides pour les bateaux aussi, par exemple. A ce propos, savez-vous en quoi étaient fait les bouts des bateaux ? En chanvre ! 

 

 

Comment fait-on pour obtenir ces « fils élémentaires » et quelle partie de la matière vivante sont-ils ? 

J’ai rangé les fibres naturelles dont il est issu selon le critère de leur longueur, car la procédure pour passer de la fibre au fil change suivant ce premier paramètre. 

  1. Fibres courtes et fines : il peut s’agir de 
    1. Poils d’animaux : chameau, alpaga, mouton, chèvre, lapin (+ d’autres animaux utilisés plus rarement) ;
    2. Fibres végétales : coton, coco, etc…;
  2. Fibres végétales plus longues et moins fines : lin, chanvre, jute, sisal, ortie, … ; dans ces fibres, on se retrouve en général avec de la « filasse » ; si vous êtes bricoleuse en plomberie, vous avez déjà eu entre les mains de la « filasse » de lin ou de chanvre pour étanchéifier un tuyau(10).
  3. Fibre animale très très longue et très très fine : soie (elle fait bande à part, on verra pourquoi).

A côté de ces fibres naturelles bien connues, et par esprit d’exhaustivité dans le concept, on trouve beaucoup d’autres fibres, naturelles ou non, comme : 

  1. Le raphia, une « fibre » vraiment à part, car il s’agit des feuilles d’un palmier(13 ); 
  2. Le bambou ainsi que d’autres matières traitées de la même manière(14) (dans l’article sur les fibres on peut voir qu’il s’agit des fibres dites « artificielles »)
  3. Les fibres dites « synthétiques » (dont le nylon fait partie) 
  4. Et encore d’autres sur lesquelles je ne m’attarderai pas, car les recherches en ce domaine continuent d’évoluer et évoluent très rapidement. 

Ces quatre dernières familles, quoi qu’on dise, sont des fibres au moins en partie chimiques, ce qui veut dire que toutes ont subi un traitement à base de produits chimiques créés par l’homme et qui n’existent pas dans la nature.  

Essayons maintenant d’aller jusqu’au bout… du fil, quel qu’il soit, ou presque, puisque je ne m’intéresse désormais qu’aux fibres naturelles. Je ferai l’exemple du lin, parce que j’aime ce produit, qu’il est cultivé en France, que ça a fait partie de la culture du nord et de l’ouest de la France (et des Flandres belges) pendant des siècles et qu’il serait temps (apparemment je ne suis pas la seule à le penser) que sa production complète revienne dans ces Pays.  

Dans la famille du lin, du chanvre et d’autres fibres du même genre, il faut procéder à plusieurs étapes avant la filature :  

  1. On arrache les plantes pour mieux préserver les fibres ; 
  2. On sèche les tiges, à l’air libre ou bien dans des locaux prévus pour. Cette opération s’appelle le « rouissage ». On essaie au maximum de garder une atmosphère humide pour préserver les qualités du fil ;
  3. On commence par dégager les fruits. Non, on ne jette pas. On ne jette rien, d’ailleurs. Les fruits contiennent les graines. Les graines peuvent être consommés comme ça, un peu grillés pour que ça soit croustillant. Sinon, on en fait de l’huile, qui peut être consommé également ou bien utilisé comme liniment ou pour graisser des surfaces. Puis on récupère la partie intéressante pour fabriquer le fil. Tout le monde se trompe (moi comprise) si on nous demande quelle est donc la partie intéressante de la tige. En effet, ce n’est pas l’intérieur, c’est l’extérieur qui sert à fabriquer le fil. L’opération qui consiste à enlever la « paille » qui se trouve à l’intérieur s’appelle « teillage ». En gros, on bat les tiges jusqu’à dégager toute la paille. Dans le temps, on teillait à l’aide d’énormes casse-noix qui broyaient l’intérieur des tiges, mettant en pièces la paille, moins solide, et laissant l’extérieur, beaucoup plus solide, intact. Attention, dans ces plantes, tout est bon, comme dans le cochon : la paille servira comme isolant, reconstituée et appliquée de différentes manières, à l’extérieur des bâtiments ou à l’intérieur, sur les murs ou sur le toit… Tout est utilisé. 
  4. Pour finir cette première étape et obtenir les « fils élémentaires », on nettoie bien toutes les fibres des impuretés qui y seraient restées. Cette opération s’appelle « cardage » ou « peignage », dans le sens qu’on coiffe, on peigne, on brosse véritablement les fibres. D’ailleurs, l’origine du mot « cardage » dit bien ce que ça fait : le « carde » est la tête épineuse des chardons à foulons, vous voyez, cette fleur ovoïde couverte d’épines piquantes qu’on trouve dans les champs

Cette quatrième opération me permet de faire le lien avec d’autres fibres qui nous intéressent : fibres d’origine animale comme la laine, ou végétale comme le coton passent aussi dans des peignes à carder. Ce qui varie, bien sûr, est la taille de l’outil. 

Si vous avez un animal de compagnie genre chat ou chien, vous avez peut-être le même genre d’outil pour débarrasser votre bestiole des poils morts ou des dreadlocks formés à cause de ses poils trop longs ou pas peignés régulièrement (c’est le cas de mes deux Border Collies, un vrai désastre au niveau des pattes arrière !).

http://yvette-richard-lequeau.over-blog.com/article-carder-la-laine-a-gouraya-47500146.html

Si vous avez l’occasion de passer au musée vivant des vieux métiers, en presqu’île de Crozon, au fin fond de la Bretagne (https://museevivant.fr/) on vous expliquera tout ce qui concerne laine, lin et chanvre devant les vieux outils manuels que les gens utilisaient pour ça, je vous assure que ça vaut le détour – bon, de toute manière la presqu’île de Crozon vaut le détour. 

Mais d’ailleurs, pourquoi s’occupait-on du lin en particulier au fin fond de la Bretagne ?  

Vous êtes curieuses ? Allez, une petite parenthèse pour vous. Les autres, vous pouvez sauter jusqu’au prochain chapitre. 

 

[7] Voir l’article « les fibres textiles » ref

[8] Nous n’avons pas attendu pour utiliser ces alternatives ! Le lin est beaucoup employé dans les confections Kroskel : outre le côté éco-respectueux naturel, c’est une matière noble très agréable et un isolant de grande qualité.

[9] Oui, ok, mauvais jeu de mots, désolée, je ne pouvais pas m’en passer. 

[10] Je ne dis pas que c’est mon « kiff » comme diraient mes enfants : la filasse soit on en prend trop soit pas assez, alors après soit on arrive pas à serrer les parties dessus soit même serrées à fond ça continue de laisser fuir le liquide… C’est là qu’on a un premier apercçu du fait que « plombier » ou « plombière » est un métier et qu’on ne l’improvise pas.

[11] https://commons.wikimedia.org/wiki/File:S%C3%A9ran_(brosse,_outil).jpg

[12] https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Jute_Drying_Roadside.jpg

[13] Le « fil » de raphia ne peut pas avoir une longueur supérieure à 1,5 m/ 2m, car ce sont les feuilles séchées de palmier à raphia. Ce qu’on utilise pour tisser des longues bandes de tissu est alors du raphia « reconstitué » ou du raphia synthétique.

[14] Le fil de bambou n’est pas un objet avec une structure propre, mais plutôt une fibre qu’on traite de manière chimique afin qu’elle s’allonge pour avoir l’allure d’un fil. On verra ça un peu plus bas.

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